Quel est le point commun entre une cafetière, un poste radio ou un tapis de marche ? Aucun de ces objets ne résiste à l’équipe du Repair Café.
Si l’on osait la comparaison, c’est un peu « l’agence tous risques » du petit électroménager. Car si plus rien ne fonctionne, il vous reste un dernier espoir… « On bidouille tout ce qu’on peut. En gros, tous les objets du quotidien qui peuvent être portés par une personne et peuvent rentrer dans une salle », résume Lorraine Caillas, la figure du souriant John Hannibal Smith de la série si l’on file la métaphore.
Avec pudeur, lorsqu’il s’agit de parler de la réussite de la structure qui s’apprête à fêter ses dix ans, elle laisse le micro et la lumière à d’autres, se contentant des explications. Et pourtant… « Tout s’est fait très vite, très facilement. Pourquoi ? Parce que c’est Lorraine ! », commente l’ensemble des bénévoles présents lors d’une rencontre prétexte à parler du dixième anniversaire qui se profile…
Car pour comprendre comment s’est construit le Repair Café du Numéripole de Bras-sur-Meuse qui a, depuis, essaimé sur tout le département, il convient de jeter un coup dans le rétro qu’ils ont sans doute eux-mêmes réparé…
« Elle est très impliquée dans l’écologie et est présente dans le Numéripole depuis 2010, souligne son président Cédric Collet qui se souvient d’une virée à Metz le 22 décembre 2015 afin de voir le fonctionnement du Repair Café de Metz. Je leur ai dit “on fonce” et Lorraine a pris les rênes. »
En février 2016 a eu lieu la première séance. Le Repair Café était né en Meuse. Acte 1, scène 1 d’une série devenue un vrai succès.
"On explique le concept et on fait signer une charte expliquant que nous ne sommes que des bénévoles."
Lorraine Caillas
Le premier vendredi de chaque mois exception faite de janvier (pour cause de raclette), juillet et août, de 19 h à 22 h une vingtaine de bénévoles se relaient au secours d’appareils qui ne fonctionnent plus, apportés en désespoir de cause.
« On explique le concept et on fait signer une charte expliquant que nous ne sommes que des bénévoles, poursuit Lorraine. Un bénévole fait un diagnostic et la personne doit rester tout ce temps-là et participer à son niveau. Chacun est libre de participer comme il peut. » En résumé, n’importe quel individu venant avec son objet à réparer devient « un consom’acteur ».
"On a des personnes qui vont même jusqu’à démarcher leur voisin afin de savoir s’ils ont des objets à réparer pour pouvoir venir. "
Lorraine Caillas
Progressivement, le rendez-vous a été inscrit en caractère gras dans de nombreux agendas, si bien que « c’était devenu un peu l’usine ». Lorraine se rappelle de séances pouvant durant jusqu’à minuit parfois.
« Mais ce qui fait la grande différence, c’est la convivialité. On a des personnes qui vont même jusqu’à démarcher leur voisin afin de savoir s’ils ont des objets à réparer pour pouvoir venir », en sourit-elle.
Une ambiance qui a, par exemple, convaincu Mylène Colliaux de s’y greffer en confectionnant des gourmandises pour la petite bande à chaque séance ou Bob Jarvis, sujet de Sa Majesté, qui vient offrir son concours en lui permettant d’apprendre plus rapidement le français.
Un moment et un endroit qui susciterait même des vocations lorsque les enfants de certains bénévoles s’y mettent aussi…
Rendez-vous le 6 février
1 788 : c'est le nombre d'objets amenés depuis 2016 sur 85 dates, 74 % d’entre eux ont pu être sauvés de leur mort annoncée
En dix ans, ils auront vu défiler des objets insolites, presque devenus des experts dans la réparation des tourne-disques ou ont même procédé à des réparations sans sourciller sur… Une tondeuse intime. « Oui, certains viennent avec des objets… Tels quels », s’en amuse la petite équipe. Bien entendu, certains appareils résistent encore et toujours mais toutefois, les bénévoles se donnent du mal et peuvent se vanter d’un taux de réparation bien supérieur à la moyenne.
Depuis 2016, sur les 1 788 objets amenés en 85 dates, 74 % d’entre eux ont pu être sauvés de leur mort annoncée. Y compris les machines à coudre. « Ce qui importe aussi, c’est la transmission de savoirs », indique Cédric Collet, évoquant l’atelier couture qui est né de cette émulation grâce à Brigitte Stroben.
« On a une petite machine et on essaie de faire au mieux », livre-t-elle en expliquant distiller son savoir-faire à tous les âges. « Récemment, une jeune est venue pour un projet scolaire. Elle voulait faire un petit coussin. »
Pour tout savoir sur ces défenseurs des causes perdues, rendez-vous le 6 février de 19 h à 22 h à la salle d’animations de Bras-sur-Meuse. Là où vont se fêter dix ans d’une seconde vie.